Le TOC ou trouble obsessionnel compulsif est un trouble mental chronique courant qui affecte près de 3% de la population française. Il se manifeste quand une personne a des pensées récurrentes et/ou des comportements anxieux incontrôlables appelés compulsions qu’elle ressent le besoin de répéter sans cesse. Envahie par des craintes obsédantes, la personne se livre alors à des rituels destinés à calmer son anxiété. Bien que la plupart des personnes atteintes par ce trouble trouvent leurs idées fixes irrationnelles, déplaisantes, immorales voire même blasphématoires, elles se sentent impuissantes devant l’impossibilité de s’en défaire ou de les maîtriser, ce qui provoque chez elles une grande souffrance. L’objet de ces obsessions se regroupe le plus souvent autour des thématiques de la contamination, du doute, de l’agressivité, de l’ordre ou de la symétrie mais aussi du malheur, de la superstition, du sexe et de la religion. On remarque qu’il est possible d’avoir des pensées obsessionnelles sans qu’elles soient accompagnées de comportements répétitifs apparents mais elles sont cependant associées à des compulsions mentales. Grâce à la psychothérapie, il existe des solutions pour se défaire de ces pensées intrusives qui gâchent la vie et d’adopter des comportements plus adaptés à la réalité.

Les TOCs avec ou sans compulsion 

Nous avons tous des pensées qui nous obsèdent par moments ou des petites manies mais elles ne justifient pas qu’on soit atteint d’un TOC. Pour identifier correctement le trouble obsessionnel compulsif, il est nécessaire que ce comportement déclenche en soi une souffrance ou une détresse mentale. De plus, le TOC doit prendre plus d’une heure par jour et avoir des répercussions dévastatrices sur la vie sociale et professionnelle de la personne atteinte. Cela implique que ce trouble soit handicapant et qu’il impacte négativement la vie du malade et de son entourage.  

Les TOCs avec compulsions 

Les TOCs se caractérisent par des idées qui font sans cesse irruption dans l’esprit. Ces pensées importunes s’imposent et ont en général un contenu désagréable, inacceptable, dégoûtant ou angoissant pour le sujet qui développe des compulsions pour soulager sa souffrance. Parmi les obsessions les plus courantes on trouve :

  • Les obsessions de contamination accompagnées de compulsions de lavage. (Peur d’être en contact avec la saleté, les microbes, les sécrétions comme la salive, le sperme, les urines ou les excréments. Le sujet va adopter des rituels de lavage excessifs qui peuvent par leur fréquence causer des lésions dermatologiques).
  • Les obsessions de doute ou d’erreur qui s’accompagnent de rituels de vérification. (Peur de causer une catastrophe ou peur d’oublier de   fermer une porte à clé ou d’éteindre le four par exemple. Le sujet va vérifier un grand nombre de fois si la porte est close pour calmer son anxiété). 
  • Les obsessions d’ordre et de symétrie qui sont contrées par des rituels d’agencement (Craintes que les choses ne soient pas à leur place ou que la symétrie soit perturbée qui poussent le sujet à repositionner ou ranger constamment).
  • Les obsessions de malheur et de superstition qui sont couplées à des rituels conjuratoires (crainte de porter malheur, craintes superstitieuses par rapport à un chiffre, une couleur etc.., crainte religieuse liée au sacrilège ou au blasphème qui poussent le sujet à répéter plusieurs fois un geste, un mot ou une prière)
  • Les obsessions d’accumulation qui vont pousser la personne à entasser des objets inutiles de façon compulsive et incontrôlable au point d’obstruer l’accès à certains espaces et contrairement au collectionneur, le sujet va ressentir de la honte.

Les TOCs “O Pur’’

Les TOCs “O Pur’’ sont communément appelés « obsessions pures » mais sont aussi connus sous le nom de troubles obsessionnels compulsifs purement obsessionnels. Ces troubles se manifestent chez une personne par des pensées persistantes et non désirées sans pour autant qu’elles soient associées à des compulsions ou rituels visibles extérieurement. Beaucoup passent des années à souffrir de cette forme de TOC sans être diagnostiqués car ils pensent à tort que les TOCs s’accompagnent toujours de comportements physiques répétitifs comme le lavage constant des mains par exemple. A l’inverse, chez les personnes atteintes de TOCs « O Pur » les pensées intrusives sont contrées par des compulsions mentales cachées et parfois difficiles à discerner. Les obsessions pures couvrent une large variété de thèmes incluant la pédophilie, l’agressivité, la religion ou la contamination et sont souvent liées à la peur de commettre un acte jugé dangereux, violent, immoral ou déviant ce qui engendre un sentiment de culpabilité et de honte. Pour soulager l’angoisse causée par ces pensées débilitantes, le sujet atteint adopte des rituels mentaux qui ont pour but de les repousser.

Les compulsions mentales les plus communément observées sont les suivantes :

  • Les ruminations incessantes pour éviter de commettre l’acte tant redouté. (La personne se pose constamment des questions pour trouver une solution à ses angoisses et s’assurer du meilleur comportement possible pour les apaiser.)
  • La recherche de réassurance répétitive auprès des autres. Quand la pensée obsessive survient, le sujet cherche à se rassurer en essayant d’avoir la confirmation qu’il ne peut pas commettre l’acte qu’il redoute.
  • La répétition silencieuse de calculs mentaux, de prières, de listes, de formules mentales ou de certaines phrases dans le but de se défaire de la pensée immorale.
  • L’évitement systématique des situations qui pourraient déclencher des pensées obsessionnelles.

Quelles sont les causes possibles des TOCs ?

Bien qu’aucune cause définitive des TOCs n’ait pu être établie, les études ont démontré qu’une combinaison de facteurs pourraient être à leur origine y compris des facteurs génétiques, neurobiologiques, psychologiques, immunitaires et environnementaux. 

En analysant des images du cerveau, des chercheurs ont pu observer que certaines zones du cerveau fonctionnent différemment chez les personnes atteintes de TOCs lorsqu’on les compare à celles qui n’en souffrent pas.  Des études indiquent que les symptômes des TOCs pourraient être le résultat d’erreurs de communication entre différentes parties du cerveau comme le cortex orbitofrontal, le cortex cingulaire antérieur, le striatum et le thalamus. Des variations dans le niveau et l’équilibre des substances chimiques du cerveau notamment de la sérotonine, la dopamine et le glutamate sont associés à l’anxiété et peuvent être impliquées dans l’apparition des TOCs.

D’autres résultats de recherche suggèrent qu’il pourrait également y avoir une composante génétique aux troubles obsessionnels compulsifs.  Près de 25% des personnes atteintes de TOCs ont dans leur famille, un membre souffrant de cette affection. De plus, les études conduites chez les jumeaux atteints de TOCs estiment que le facteur génétique contribue à environ 45-65% du risque de développer la maladie.

Un certain nombre d’autres facteurs peuvent aussi jouer un rôle dans l’apparition de ce trouble y compris les facteurs psychologiques et environnementaux.  Pour ce qui est de la piste psychologique, les personnes qui souffrent de TOCs sont plus enclines à souffrir de troubles de la personnalité que le reste de la population. Un groupe international de chercheurs a également identifié divers types de croyances dysfonctionnelles associées aux TOCs, notamment une surestimation de la menace et une intolérance à l’incertitude. 

Des facteurs immunitaires ou environnementaux peuvent aussi contribuer à l’apparition des TOCs telles certaines infections bactériennes (infections à streptocoque), ou les chocs émotionnels et les traumatismes cérébraux.

La prévalence et les comorbidités 

On estime qu’environ 2 à 3% de la population adulte en France souffre de TOCs, pourcentage qui inclut globalement autant d’hommes que de femmes, même si le type d’obsessions prédominantes peut différer dans ces deux groupes. En effet, les hommes sont davantage touchés par les obsessions sexuelles et les obsessions autour de la symétrie et de l’exactitude alors que les femmes ont plutôt tendance à souffrir d’obsessions agressives et de contamination.

Les TOCs seraient la 4ème pathologie psychiatrique la plus courante en France, après les troubles phobiques, les troubles liés à la consommation d’alcool et l’usage de drogues et les troubles dépressifs.

Les premiers signes de TOCs sont typiquement visibles entre les âges de 8 et 18 ans, et en moyenne à l’âge de 12 ans. La maladie apparaît au-delà de 35 ans chez seulement 15 % des patients.

La coexistence avec un ou plusieurs autres troubles psychiatriques est fréquente comme le soulignent plusieurs études qui indiquent que 50 à 60 % des patients atteints de TOCs développent également des pathologies mentales autres que les troubles de personnalité.

Les troubles psychiatriques le plus couramment associés aux TOCs sont :

  • Les troubles dépressifs majeurs
  • Les troubles de l’anxiété 
  • Les troubles bipolaires 
  • Les troubles phobiques 
  • Les troubles paniques 
  • Les troubles associés à la dépendance à l’alcool et aux drogues 
  • Les tics et syndrome de la Tourette
  • Les troubles de la personnalité 

Quelle est la différence entre TOC et TIC ?

Le TIC ou trouble involontaire compulsif correspond à des mouvements ou gestes répétitifs qui ne sont pas précédés par une pensée obsédante. Ils sont très fréquents chez l’enfant (clignement répétitif des yeux, un raclement répété de la gorge ou le fait de se ronger les ongles) et peuvent présenter des tableaux très diversifiés allant du tic simple au tic qualifié de sévère.

Contrairement aux compulsions développées par les personnes atteintes de TOCs, les TICs sont inconscients et le but du geste répétitif n’est pas de réprimer une idée persistante mais de décharger une tension. 

Qui et quand consulter pour les TOCs ?

Il est conseillé de ne pas attendre de ne plus être capable d’effectuer ses activités quotidiennes mais de consulter le plus rapidement possible un médecin traitant qui dirigera le patient vers un spécialiste la santé mentale ou un psychothérapeute qui pourra évaluer si le patient souffre réellement de troubles obsessionnels compulsifs.  Le psychothérapeute pourra alors proposer un traitement adapté à la situation du patient. Les signes qui montrent qu’il faut consulter sont les suivants :

  • Des pensées récurrentes qui provoquent de l’anxiété.
  • Des répétitions de gestes, de mots ou de listes mentales pour chasser ces pensées. 
  • Des difficultés à assumer les responsabilités familiales, professionnelles et sociales en raison du temps requis par le comportement répétitif.

Quel traitement pour les TOCs

Pour déterminer si un patient souffre de TOC, l’échelle d’obsession-compulsion de Yale-Brown (Y-BOCS) est la référence en matière de test psychologique pour évaluer la sévérité et l’intensité des TOCs mais il existe aussi d’autres échelles comme l’Inventaire des Croyances Relatives aux Obsessions.

(ICRO), l’Inventaire des Obsessions-Compulsion de Maudsley et la Liste des Activités Obsessives-Compulsives. Si un diagnostic positif est établi, plusieurs types de traitement sont alors recommandés pour soigner les TOCs :

La thérapie comportementale et cognitive (TCC) est la technique de psychothérapie la plus couramment employée dans le traitement des patients atteints de troubles obsessionnels compulsifs. Elle s’appuie sur la technique d’exposition progressive avec désensibilisation pendant laquelle le patient s’expose volontairement aux obsessions qu’il redoute, d’abord dans son imagination puis dans la réalité. Au cours de plusieurs séances le psychothérapeute aide le patient à remplacer les schémas mentaux incohérents dans le but de l’encourager à surmonter son inhibition anxieuse et à développer des moyens pour contrôler ses compulsions.  

La psychanalyse et la psychothérapie d’inspiration analytique, sont des thérapies qui peuvent aider le patient si le trouble n’est pas trop envahissant et traiter les causes inconscientes du conflit en en découvrant l’origine pour déboucher sur un mieux-être durable.

L’Approche médicamenteuse (conjointement avec la psychothérapie) : 

L’utilisation de médicaments peut s’avérer efficace lorsque le patient ne répond pas aux autres traitements.  

L’hypnose ericksonienne pour le traitement des TOC est une autre option qui permet d’apporter une correction aux mécanismes de pensée et d’action inadaptés, pour retrouver le contrôle sur son comportement et parvenir au calme intérieur. 

Enfin, la méditation et la relaxation, peuvent également contribuer à retrouver une paix intérieure et sont des techniques généralement recommandées pour accompagner d’autres traitements énoncés plus haut.

Les TOCs peuvent-ils être reconnus comme un handicap ?

Depuis 2005, la loi française reconnaît officiellement les TOCs comme des troubles majeurs handicapants. Et quand la pathologie est diagnostiquée avec des conséquences néfastes sur la vie professionnelle, il est même possible de faire une demande de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH). 

TOCs et Dépression 

Bien que le trouble obsessionnel compulsif (TOC) et la dépression soient deux maux distincts, car l’un est un trouble anxieux, tandis que l’autre est un trouble de l’humeur, ils ont pourtant des similitudes et sont souvent liés.

En effet, la dépression est le trouble psychiatrique le plus souvent associé aux TOCs, avec un taux de comorbidité de 67 %. De plus, les recherches indiquent que près de deux tiers des personnes atteintes de TOCs connaîtront un épisode dépressif majeur au cours de leur vie. 

On peut tout à fait comprendre que le stress engendré par des pensées obsessionnelles puisse entraîner la dépression et les études appuient cette théorie. Toutefois, les recherches ont également montré la contribution de facteurs biochimiques dans l’association de ces deux pathologies car les TOCs et la dépression sont tous deux caractérisés par des changements dans la production de sérotonine dans le cerveau.

De ce fait, souffrir d’un TOC peut prédisposer une personne à la dépression, car les deux maladies semblent liées au même type de déséquilibre chimique.

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