La Peur de l’Abandon

La peur de l’abandon, aussi appelée syndrome de l’abandon, se caractérise par une angoisse perpétuelle liée à l’idée d’être délaissé(e) ou quitté(e) par l’autre. Causée par un traumatisme durant l’enfance ou par une blessure d’abandon plus tardive, cette anxiété tenace peut interférer dans les relations amoureuses, familiales, professionnelles ou sociales et mener à des comportements toxiques voire paradoxaux. En l’absence de traitement, la peur de l’abandon peut générer des sentiments négatifs tels que la jalousie morbide, une faible estime de soi ou encore un comportement possessif et conduire peu à peu à l’auto-sabotage. Comment reconnaître ce syndrome et trouver des moyens efficaces pour le surmonter et mener une vie plus heureuse ? Voici quelques astuces utiles pour y arriver.

Qu’est-ce que la peur de l’abandon ou le syndrome de l’abandon ?

Bien que n’étant pas reconnu comme un trouble de santé mentale, le syndrome de l’abandon est une forme d’anxiété très répandue qui découle d’une perte subie pendant l’enfance ou la vie adulte. Cette perte ou cette déconnexion peut être liée à un événement traumatisant, comme la perte d’un parent ou d’un proche. Elle peut également résulter d’un manque d’attention physique ou émotionnelle de la part d’un parent. Ces expériences négatives peuvent créer chez un enfant un sentiment d’instabilité et la sensation d’être en danger, craintif ou seul. Le sentiment d’être abandonné ressenti par l’enfant créé une détresse émotionnelle intense qui peut avoir un impact à long terme sur sa santé mentale. Les personnes souffrant du syndrome de l’abandon peuvent éprouver des difficultés dans leurs relations familiales, sociales ou professionnelles car elles redoutent constamment d’être abandonnées. Les signes et symptômes de la peur de l’abandon chez les adultes sont les suivants :

  • Vouloir faire plaisir aux autres à tout prix
  • Tendance à entretenir des relations dysfonctionnelles ou déséquilibrées 
  • Difficulté à faire confiance aux autres
  • Sentiment d’insécurité dans les relations amoureuses et amicales
  • Besoin constant d’être rassuré sur le fait que les autres les aiment et resteront avec eux
  • Besoin de contrôler les autres, jalousie ou possessivité 
  • Rester dans des relations amoureuses toxiques 
  • Difficultés à entretenir des relations à long terme
  • Passer rapidement d’une relation à une autre
  • Le sabotage des relations
  • Se blâmer constamment pour ses échecs
  • Difficultés à accepter la critique 

La peur du rejet est souvent associée à la peur de l’abandon, bien qu’étant légèrement différente de cette dernière. Le rejet se distingue de l’abandon de par l’attitude adoptée par le parent, celui-ci étant présent mais démontrant par ses actions qu’il ne veut pas de l’enfant. La personne rejetée est alors convaincue d’être le problème et que personne ne veut d’elle parce qu’elle n’est pas digne d’être aimée. Par conséquent, le rejet renvoie essentiellement à l’image que l’on se fait de soi-même. 

La personne qui souffre de la blessure du rejet va développer une peur envahissante d’être rejetée par l’autre et préfèrera fuir les situations qui l’exposent à la possibilité d’être rejetée. 

Les causes de la peur de l’abandon 

Pour garantir le bien-être d’un enfant, il est essentiel que ses besoins physiques et émotionnels soient satisfaits. Lorsque ces besoins sont comblés par les parents, cela procure à l’enfant un sentiment de sécurité et de réconfort. Malheureusement, certains événements peuvent interrompre ce sentiment de confiance et la peur de l’abandon peut alors se développer. Les expériences négatives de la petite enfance et de la vie adulte peuvent ainsi entraîner une peur constante d’être abandonné qui peut impacter une personne tout au long de sa vie. 

Parmi les causes les plus communes du syndrome de l’abandon on retrouve :

  • Un parent qui n’est pas disponible sur le plan émotionnel durant l’enfance
  • Un manque d’attention et une incapacité à répondre aux besoins fondamentaux de l’enfant
  • Les abus physiques ou sexuels ou tout autre type d’abus
  • Le décès d’un parent 
  • Une instabilité familiale importante, comme des parents préoccupés par un divorce difficile ou un parent qui s’occupe épisodiquement de l’enfant
  • Un partenaire qui est parti soudainement ou qui n’était pas digne de confiance

La peur de l’abandon cohabite souvent avec les troubles de la personnalité dépendante et borderline. Dans le cas du trouble de la personnalité limite ou borderline, la personne éprouve de la colère et un sentiment de vide intérieur face à la peur de l’abandon. Pour ce qui est du trouble de la personnalité dépendante, la personne ressent de l’impuissance et développe des comportements de soumission et d’attachement excessif aux autres. 

La peur de l’abandon chez le nourrisson 

Aux environs de 8 mois, le nourrisson comprend qu’il est une personne distincte de ses parents et commence à avoir peur de l’inconnu. La peur d’être abandonné fait alors sa première apparition. Elle se manifeste à travers l’angoisse de séparation qui fait partie intégrante du développement de l’enfant âgé de 8 à 18 mois et se termine vers l’âge de 3 ans. Pendant cette période, l’enfant qui est séparé d’un parent, même temporairement, s’accroche ou crie et pleure lorsque le parent s’éloigne car il ignore si le parent part pour une minute ou pour toujours. Il n’a pas encore intégré « la permanence de l’objet  » et ne peut comprendre que même si le parent part, il continue d’exister. Les jeunes enfants peuvent être anxieux lorsque leurs parents les déposent à la crèche ou à l’école, ou partent pour un court instant. Pour que l’enfant ne soit pas affecté à long terme par ces inquiétudes, il est nécessaire que les parents lui fournissent un attachement sécurisant qui l’aidera à entretenir des relations sociales équilibrées plus tard dans la vie. 

La peur de l’abandon dans le couple 

En fonction du type d’interactions qu’il a eu avec ses parents dans la petite enfance, chaque individu développe un style d’attachement sécurisant ou insécurisant.

Les enfants dont les besoins affectifs sont satisfaits adéquatement développent un attachement sécurisant. Mais dans le cas où l’enfant est exposé à des blessures d’abandon, il adopte un schéma d’attachement insécurisant. La notion de styles d’attachement a été élaborée par le psychiatre britannique John Bowlby et la plupart des chercheurs et psychologues du développement s’accordent à dire qu’il existe trois types d’attachement insécurisant. Chacun de ces styles d’attachement insécurisant se manifeste par des comportements spécifiques dans la vie adulte et les relations amoureuses. 

Le style d’attachement évitant

Les personnes ayant un style d’attachement évitant ont du mal à établir une intimité émotionnelle et ont tendance à rester en surface des relations amoureuses par crainte de l’engagement ou pour se protéger d’un éventuel « coup bas ». Elles ont du mal à accepter les émotions positives qui sont souvent vécues comme étant trop belles pour être vraies. La méfiance vis-à-vis de l’autre est courante, ainsi que la croyance fondamentale qu’on ne peut compter que sur soi-même. La peur de l’engagement ou celle d’être blessées les incite à être très détachées émotionnellement et à mettre fin aux relations de façon déconcertante. Mais la douleur émotionnelle non exprimée peut les exposer à des réactions d’ordre somatique. 

Le style d’attachement anxieux

Les personnes au style d’attachement anxieux souffrent en général d’une faible estime de soi et ont tendance à idéaliser les autres. Elles recherchent des preuves d’amour et d’attention de façon obsessive tout en mettant en place une grande dépendance émotionnelle. Elles vivent dans la crainte que leur partenaire les quitte et interprètent le moindre conflit comme un signe que leur partenaire va les laisser tomber. Elles sont hyper réactives émotionnellement et sont enclines à la jalousie et à l’irritabilité.

Le style d’attachement désorganisé 

Les personnes au style d’attachement désorganisé sont un mélange des deux premiers groupes. Elles ont de ce fait un comportement parfois contradictoire avec une difficulté à s’engager émotionnellement tout en ayant un grand besoin d’affection. Elles manquent d’estime de soi, adoptent des attitudes qui peuvent sembler paradoxales et font preuve de réactions émotionnelles qui peuvent parfois dérouter ou surprendre. 

Selon le style d’attachement de chaque personne au sein du couple, la relation sera plus ou moins harmonieuse mais bien entendu, il sera toujours possible de modifier certains comportements inadaptés pour renforcer les fondations de l’union.

Quand consulter pour la peur de l’abandon ?

Si vous reconnaissez en vous les symptômes du syndrome de l’abandon et que cela affecte négativement votre vie ou impacte vos relations, n’attendez pas pour consulter un professionnel de la santé. 

Qui consulter pour la peur de l’abandon ?

Vous pouvez rechercher de l’aide auprès d’un psychologue agréé. Sans traitement, le syndrome de l’abandon peut conduire à la dépression, aux troubles addictifs et à l’isolement social.

Il existe des tests qui permettent d’évaluer si l’on souffre de la peur de l’abandon et de déterminer si ce trouble affecte notre vie d’adulte :

  1. Le questionnaire de l’attachement d’Hazan et Shaver (1987).  Cet outil d’auto-évaluation de l’attachement romantique chez l’adulte peut être utilisé pour analyser l’impact de la peur de l’abandon dans le couple.
  • Le questionnaire sur les relations (RQ). Développé par Bartholomew et publié par Bartholomew et Horowitz (1991). Cet instrument d’auto-évaluation est conçu pour évaluer l’attachement des adultes en le faisant correspondre aux modèles d’attachement sécurisant et craintif-évitant. 
  • L’échelle de peur de l’abandon (CBAPS, Kurdek & Berg, 1987) est un questionnaire de 14 items qui évalue les craintes de l’enfant lorsqu’un parent le quitte ou ne s’intéresse plus à lui.

Quels traitements pour la peur de l’abandon ?

Le traitement le plus efficace pour surmonter le syndrome de l’abandon est le recours à la psychothérapie. Voici trois approches psychothérapeutiques qui permettent d’analyser la cause profonde de ses peurs pour apprendre à les vaincre :

  • La TCC et la thérapie des schémas 

La thérapie cognitivo-comportementale apprend à identifier les schémas de pensée négatifs ou Schémas Précoces Inadaptés (SPI), qui s’enracinent au cours de l’enfance pour les remplacer par des schémas plus réalistes. Cette thérapie permet aussi de faire le deuil des pertes passées et de réduire l’intensité des craintes liées aux blessures d’abandon. Le thérapeute fournira des outils qui aideront le patient à éviter les comportements dysfonctionnels qui entravent l’établissement de relations saines pour développer des habitudes plus bénéfiques.

  • L’A.C. T

La thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) apprend à accepter ce qui est au-delà de notre contrôle et à augmenter la flexibilité psychologique, en changeant la façon de percevoir les expériences douloureuses. Elle enseigne les compétences de pleine conscience pour s’engager dans des comportements qui permettent de mener une existence plus enrichissante. Le patient peut ainsi établir une relation plus saine avec les souvenirs de l’enfance en lien avec la blessure d’abandon et adopter des comportements plus positifs.

  • Le Travail sur l’Estime de Soi
  • L’hypnothérapie 

Par le moyen de l’hypnose il est possible d’atteindre un état de conscience modifié pour acquérir de nouvelles capacités et développer de nouvelles ressources. L’hypnothérapie permet d’accéder aux pensées automatiques inconscientes néfastes afin de les déraciner et de les modifier et permet également de booster son estime de soi.

  • La Méditation 

La méditation permet d’améliorer l’estime de soi en apprenant à se détacher des pensées autodestructrices et en encourageant les sentiments de gratitude et d’amour bienveillant pour soi-même. Elle favorise le bien-être et une bonne santé mentale. 

Dernière mise-à-jour : 2021.09.03