Colère et agressivité

Colère, agressivité et impulsivité, comment les maîtriser ?

Dans le panel des principales émotions humaines parmi lesquelles on compte la joie, la peur, la tristesse ou encore le bonheur, on retrouve également la colère. Ce sentiment intense de mécontentement,  d’irritation pouvant aller jusqu’à l’exaspération peut surgir à cause d’un  désaccord, d’une frustration ou d’une insatisfaction parfois associée à une perception d’injustice. La colère se caractérise par des manifestations physiologiques qui provoquent des tensions physiques visibles sur le visage et le corps comme les poings serrés, la mâchoire crispée, ou les sourcils qui se froncent. Lorsqu’elle est bien régulée, la colère est saine et peut même inciter à utiliser son énergie pour améliorer une situation mais quand elle est trop intense ou incontrôlée, elle peut être liée à une impulsivité qui pousse à l’agressivité ou la violence. Les colères trop fréquentes peuvent être préjudiciables à  nos relations sociales et même être nuisibles à notre organisme à long terme.

L’intolérance à la frustration

Lorsque certains désirs ne peuvent pas être accomplis,  la frustration peut prendre naissance. Il s’agit d’un sentiment d’impuissance, une réaction émotionnelle qui surgit due à une insatisfaction. L’intolérance à la frustration est commune chez les enfants. Par exemple, lorsque les besoins basiques d’un nourrisson ne sont pas satisfaits, il ressent de la frustration et se met immédiatement à pleurer. 

En grandissant cependant, on apprend peu à peu à tolérer la frustration et à accepter que les choses que nous avions prévues ne se passent pas forcément comme on le voudrait. Mais qu’est-ce d’où vient la faible tolérance à la frustration ?

Prévalence et facteurs de risque

Il existe deux raisons principales pour lesquelles certaines personnes ont une faible tolérance à la frustration :

1.  Le tempérament et les croyances

Certaines personnes supportent naturellement mieux les frustrations que d’autres en raison de leur personnalité. En effet, certains caractères sont plus enclins à la résilience et à l’endurance. Les croyances d’une personne peuvent également influer sur la façon dont elle tolère la frustration. Une personne qui s’imagine que la vie devrait être facile ou que les autres doivent systématiquement répondre à ses attentes aura plus de mal à gérer les facteurs de stress quotidiens qu’une autre.

2. Les pathologies mentales: Les troubles mentaux comme la dépression ou les troubles anxieux peuvent diminuer la tolérance à la frustration d’un individu. Des études ont également révélé que les personnes atteintes de TDAH (Le Trouble Déficit de l’Attention/Hyperactivité) ont tendance à avoir une faible tolérance à la frustration.

L’intolérance à la frustration peut se manifester par une procrastination  fréquente due à une incapacité à tolérer la frustration associée à une tâche difficile ou ennuyeuse. La personne intolérante à la frustration pourra aussi recourir à des actes impulsifs dans le but de régler rapidement une situation difficile en raison de l’impatience plutôt que d’attendre que le problème se corrige de lui-même. Les personnes qui ont du mal à tolérer la frustration auront également tendance à exagérer la gêne temporaire occasionnée par une difficulté ou à baisser les bras et abonner ou adopter une attitude défaitiste lorsqu’elles sont confrontées à un défi ou un obstacle. Enfin, un autre signe de faible tolérance à la frustration est le fait d’être irritable ou colérique face aux  facteurs de stress quotidiens.

L’intolérance à la frustration peut générer de l’anxiété qui résulte de la croyance qu’il est insupportable que les choses ne se passent pas comme on le désire. On cherche alors à tout prix à éviter ce sentiment qui nous rend inconfortable et on est angoissé par chaque petit revers ou obstacle qui se dresse sur notre chemin. L’intolérance à la frustration est également un facteur clé à l’origine des dépendances. L’individu cherche alors à obtenir un plaisir immédiat apporté par l’abus d’alcool et/ou la consommation de drogues. Enfin, l’intolérance à la frustration peut pousser aux comportements colériques alimentés par l’insatisfaction ressentie lorsque quelque chose nous déplaît ou ne répond pas à nos attentes. Si un objectif est bloqué ou contrecarré, les intolérants à la frustration se sentent souvent privés et aigris. Si l’on est très en colère contre la source de cette frustration, on peut alors devenir agressif. Les études ont également permis de découvrir que les personnes dont la tolérance à la frustration était limitée,  étaient plus sensibles aux situations stressantes. En effet, ces sujets présentaient une activation accrue des parties du cerveau impliquées dans le traitement des effets du stress. Cela explique pourquoi les intolérants à la frustration peuvent facilement développer des pathologies compulsives, comme la trichotillomanie (arrachage des poils et/ou des cheveux), les achats compulsifs, la kleptomanie, l’automutilation, ou le trouble explosif intermittent (éruptions explosives de colère sans raison apparente).

Dans les cas les plus extrêmes, une faible tolérance à la frustration peut même entraîner à l’auto-marginalisation sociale ou au suicide.

Quand consulter face à la colère et l’agressivité?

La colère est une émotion tout à fait normale dans certaines situations. Toutefois si votre colère devient incontrôlable et qu’elle s’accompagne  d’accès d’agressivité récurrents, ou si elle a des répercussions sur vos relations, cela peut-être le signe d’un trouble plus profond qui mérite d’envisager  l’aide d’un professionnel de la santé mentale. Un psychothérapeute pourra vous aider à déterminer si vous souffrez d’un trouble psychique sous-jacent qui est à l’origine de vos problèmes de colère et/ou d’agressivité et qui nécessite un traitement. Il vous apprendra à mieux gérer la colère et à contrôler les comportements agressifs et à atteindre une meilleure qualité de vie.

Les tests 

Parmi les tests les plus employés pour évaluer la colère et les comportements agressifs figurent:

1. The Spielberger Anger Expression (AX) Scale.

L’échelle d’Expression de la Colère de Spielberger est un outil de mesure de l’expression de la colère qu’elle soit intériorisée ou  extériorisée. Cette échelle contient aussi une partie consacrée à l’évaluation de la maîtrise de la colère.

2. Anger Inventory (Davis, 1990). 

Il s’agit d’un questionnaire qui se focalise sur les victimes d’abus sexuels durant l’enfance. Il se présente sous forme de  phrases à compléter et d’exercices écrits. L’échelle permet d’évaluer la colère ressentie et son expression.  

3. Buss-Durkee Hostility Inventory (BDHI) 

Cette échelle a été conçue en 1957. Elle mesure la fréquence des comportements agressifs, l’irritabilité, ainsi que la propension à éprouver du ressentiment,  de la rancune, et évalue également le degré de négativité et de méfiance.

4. Contrada Cognitive Anger Scale 

Cet instrument élaboré en 1986 par Contrada, Hill, Krantz, Durel et Wright, est composé d’une échelle de la colère somatique (Somatic Anger Scale) qui mesure les symptômes physiques causés par la colère. L’échelle de Contrada évalue aussi la tendance à ruminer et à nourrir des pensées hostiles.

5. Hostility and Direction of Hostility Questionnaire 

Le questionnaire HDHQ , destiné à l’origine aux névropathes et aux dépressifs, est composé de 48 items. C’est l’outil de mesure le plus utilisé pour évaluer le degré d’hostilité chez un patient. L’échelle permet d’analyser la direction de l’agression , si elle est dirigée  vers l’extérieur ou vers soi-même, et permet de déterminer quelle est la direction de l’hostilité.

13. The State-Trait Anger Scale 

Cet instrument développé par le psychologue Spielberger permet de distinguer la colère réactionnelle et la colère chronique. La colère réactionnelle a tendance à être de courte durée et à varier en intensité. La colère chronique, elle, est un trait de caractère qui incite l’individu à percevoir les événements qu’il juge inacceptables comme des incitations à réagir en laissant exploser sa colère. 

Qui consulter pour la colère et l’agressivité ?

Si vous avez du mal à contrôler votre colère et que vous identifiez l’un de ces signes dans votre cas, rechercher de l’aide sans tarder:

  • Tensions avec vos amis ou éloignement des membres de famille en raison de votre colère.
  • Vos amis ou votre famille disent que vous avez un tempérament colérique qui leur fait peur.
  • Vous avez fréquemment des désaccords avec vos collègues de travail qui tournent au vinaigre.
  • Vous êtes souvent impliqué dans des bagarres ou des confrontations physiques. 
  • Vous avez agressé physiquement un partenaire ou un enfant. 
  • Vous menacez les autres de leur faire du mal ou de leur causer des dommages matériels. 
  • Vous brisez des objets lors de vos accès de colère.
  • Vous perdez votre sang-froid au volant et prenez des risques inutiles.
  • Il y a des établissements ou des entreprises où vous n’êtes plus le bienvenu en raison d’un conflit.
  • Vous ressentez régulièrement de la colère. Vous gardez souvent rancune ou pensez à vous venger.
  • Vous avez été agressif ou vous pensez à recourir à la violence lorsque vous êtes en colère.

Un psychothérapeute pourra vous aider à reconnaître et à éviter les éléments déclencheurs qui vous poussent à la colère. Il pourra aussi vous apprendre à adopter des stratégies pour gérer les colères qui éclatent sans prévenir.

Quels traitements pour la colère ou l’agressivité

Quand la colère fait son apparition dans notre vie quotidienne, il existe des solutions pour ne pas se laisser envahir par les émotions négatives. Les traitements abordés ci-dessous ont eu un impact positif dans la gestion des accès de colère et permettant de mieux la réguler: 

  1. La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) 

De nombreuses études ont établi l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale dans le  traitement des expressions extrêmes de colère. La majorité de ces recherches se concentrent sur les bienfaits de cette thérapie dans le traitement des crises d’impulsivité agressives ou de l’irritabilité chronique. Dans le cadre de la TCC, les patients peuvent identifier les schémas de pensée négatifs ou inutiles et modifier les croyances inexactes qui poussent à la colère. Grâce à l’aide d’un psychothérapeute, le patient peut apprendre à  mieux gérer la colère et l’irritabilité par le biais de techniques permettant de maîtriser et de prévenir les réactions inappropriées. Cette thérapie permet aussi au patient de développer une tolérance plus élevée aux situations frustrantes, ce qui contribue à améliorer son bien-être émotionnel.

  1. La méditation 

Une étude publiée dans la revue Consciousness and Cognition suggère que la méditation peut contribuer à inhiber la réaction de l’organisme à la colère¹. La méditation peut aider à identifier la colère puis à utiliser la pleine conscience et la concentration sur la respiration pour gérer les pensées et les émotions négatives liées au ressentiment, à la frustration et à la colère. Elle permet d’apprendre à mieux réagir face aux situations et aux personnes qui contrarient. 

  1. La Sophrologie 

La sophrologie ouvre la porte vers une meilleure gestion de la colère en fournissant des outils qui amènent à en identifier l’origine et à prendre conscience du lien entre la colère et le non-respect de nos valeurs. La sophrologie encourage aussi à prendre du recul et permet de réduire rapidement l’intensité de la colère grâce à des techniques faciles à mettre en place telles que l’isolement, la respiration profonde ou le geste signal qui permet de faire naître un sentiment de bien-être et de calme. 

Comment gérer son agressivité et sa colère ?

Si votre colère devient problématique et qu’ elle entraîne des altercations, il vous sera important de savoir éviter de dire ou de faire quelque chose que vous pourriez regretter plus tard. Voilà quelques stratégies qui pourraient vous aider à mieux maîtriser votre irritation pour éviter toutes les situations qui peuvent potentiellement dégénérer.

1.Faites du sport !

L’activité physique peut non seulement vous garder en bonne santé mais aussi réduire le stress qui peut contribuer  au déclenchement de la colère. Quand vous sentez la colère monter, essayez de faire une marche rapide ou une promenade à vélo, ou consacrez du temps à d’autres activités physiques qui vous sont agréables.

2.Prenez un temps de souffler 

Accordez-vous régulièrement de courtes pauses, surtout pendant les journées qui vous semblent stressantes. Rien de mieux qu’un petit instant de calme pour vous aider à mieux affronter les difficultés et conserver votre sérénité et votre patience même sous le feu de l’épreuve.

3.Attendez d’être calmé avant d’exprimer votre frustration. 

Dès que la colère est tombée et que vous avez de nouveau les idées claires, exprimez votre frustration clairement et fermement mais sans chercher à blesser les autres ni essayer de les contrôler.

4.Faites appel à l’humour 

Un sens accru de l’humour est une arme redoutable contre la colère. Il peut contribuer à désamorcer les tensions et à faire face à ce qui vous met en colère avec une attitude plus positive. Attention toutefois aux remarques sarcastiques, qui auront l’effet inverse et risqueraient d’aggraver la situation.

Comment gérer la colère d’un ado ?

Bien que l’adolescence soit par définition une période de turbulence,  il est important pour un parent de savoir détecter les signes qui sont révélateurs d’une souffrance intérieure. Si la colère de votre adolescence est constante au point d’affecter son entourage ou s’il adopte des comportements à risque, comme l’abus d’alcool, la consommation de drogues, ou s’il s’automutile et prend des risques mortels, cela peut indiquer qu’il a besoin d’aide. Il est alors bénéfique de prendre le temps de rechercher l’appui d’un psychologue. La thérapie cognitivo-comportementale  peut être utile dans ces situations. En effet  la colère excessive ou permanente peut résulter de problèmes de santé mentale comme les troubles bipolaires, la dépression ou les troubles addictifs. Un psychologue sera alors en mesure de proposer le traitement le plus approprié pour aider votre adolescent à stabiliser son humeur et  retrouver le bien-être. 

Comment réagir face à une personne agressive ?

On a tous été confronté à une situation conflictuelle ou eu affaire à des personnes agressives dans notre vie. L’agressivité peut faire irruption lorsqu’une personne cherche à protéger ses intérêts avec véhémence ou ressent le besoin de se battre pour avoir le dessus. Dans tous les cas l’agression se produit aux dépens de l’autre. Alors, quelle est la meilleure conduite à adopter face à l’agressivité d’un individu ?

Tout d’abord, il est important de trouver un équilibre  entre affirmation de soi et empathie pour bien gérer les comportements agressifs en suivant les astuces qui suivent:

  • Essayez de désamorcer la tension 

Combattre le feu par le feu ne vous mènera à rien. Restez calme et essayez de diffuser la tension qui s’accumule sur le moment. Faites preuve de retenue pour ne pas dire ou faire quelque chose que vous regretterez plus tard.

  • Restez confiant

Gardez une voix calme mais stable qui montre que vous avez confiance en vous et qui n’incitera pas l’autre à parler plus fort que vous. Exprimez votre opinion respectueusement et si le niveau d’agressivité augmente, répondez avec plus de fermeté et d’assurance pour montrer que votre tolérance diminue.

  • Ayez le sens de l’humour 

Si vous êtes d’un naturel comique désarmant c’est le moment d’utiliser cette qualité pour faire rire l’autre personne, cela la désarçonnera complètement.

  • Faites preuve d’empathie

Mettez-vous à la place de l’autre et tentez de comprendre ce qui se cache sous  son agressivité. Peut-être réagit-elle sous l’effet de l’inquiétude, de la peur ou du stress. Une phrase simple comme « Arrête de t’inquiéter, on va trouver une solution » peut l’aider à se calmer. 

Dernière mise-à-jour : 2021.09.03

Auteur : Priscilla Othily