Qu'est-ce qu'un trouble de la personnalité ?

Cet article traite des troubles de le personnalité. Chez Mindlers, vous pouvez prendre un rendez-vous en ligne afin d’être aidé par un psychologue. Dans notre application, vous pouvez également utiliser des programmes d’aide en ligne, les iTCC.

Qu’est-ce qu’un trouble de la personnalité?

Notre personnalité est un peu notre carte d’identité sociale : c’est un ensemble de « traits » ou tendances stables dans le temps, qui nous distinguent des autres en tant qu’individu et conditionnent notre vision du monde et nos comportements.

Lorsqu’ils s’équilibrent naturellement, nos traits de personnalité nous permettent de fonctionner et d’interagir normalement au quotidien, que nous soyons plus ou moins extravertis, empathiques ou encore émotifs, pour n’en citer que quelques-uns.

Si en revanche certains de vos traits de personnalité divergent de la norme au point de nuire à votre équilibre psychique et à vos relations, il peut s’agir d’une véritable pathologie : un trouble de la personnalité.

Ce sont généralement des difficultés relationnelles (sautes d’humeur, paranoïa, inhibition), des comportements inadaptés ou à risque (addictions, transgression) et une détresse psychologique exprimée par le patient ou par son entourage (anxiété, dépression, etc.) qui justifient une consultation et peuvent mener au diagnostic.

Les troubles de la personnalité obsessionnelle-compulsive, évitante ou encore limite (borderline) font partie des plus courants parmi les dix troubles répertoriés, qui nécessitent tous un diagnostic et une prise en charge adaptés pour stabiliser l’état psychique et le comportement du patient. 

Présentation des 3 groupes et des 10 troubles de la personnalité

Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), ouvrage de référence de lAssociation américaine de psychiatrie, décrit actuellement 10 troubles de la personnalité, répertoriés en 3 groupes :

Groupe A :  Personnalités avec comportements de type excentrique/bizarre (les patients ont des comportements perçus comme « étranges »)

 

  • ParanoïaqueTendance pathologique au soupçon et à la méfiance. Les patients peuvent prêtent aux autres des intentions malveillantes sans fondement et, par conséquent, peuvent être perçus comme hostiles.
  • SchizoïdeAttitude renfermée et apparente absence d’émotions. Les patients ont tendance à s’isoler et manifestent peu d’intérêt pour les relations, y compris dans leur cercle familial. Ils peuvent être perçus comme froids, indifférents et peu sensibles aux compliments comme aux critiques.Ils se désintéressent souvent de la sexualité, et les activités qui leur procurent du plaisir sont rares.
  • SchizotypiqueIdées et comportements excentriques et perception altérée de soi et des autres. Les patients peuvent, par exemple, prêter des pouvoirs paranormaux à des personnes ou à des objets.Anxieux au contact des autres, ils ont tendance à fuir les situations sociales et souffrent de se sentir différents.

Groupe B : Personnalités de type émotif/impulsif (difficulté à contrôler ses émotions et tendance à agir de façon impulsive, exagérée ou dangereuse) :

  • Limite/borderlineGrande instabilité émotionnelle et relationnelle. Des événements importants (séparation, trahison) ou plus anodins (retard à un rendez-vous, ami qui ne donne pas de nouvelles) peuvent déclencher de véritables crises émotives durant lesquelles le patient peut se montrer menaçant, agir de façon radicale ou se mettre en danger.
  • Antisociale :Tendance aux comportements dangereux ou illégaux en dépit des conséquences, mépris et non reconnaissance des autres et de leurs droits, possible comportements manipulatoires et agressifs.
  • Histrionique :Recherche excessive d’attention qui pousse les personnes à agir de façon inappropriée et à avoir des comportements à risque.Misant beaucoup sur leur apparence physique, ils souffrent lorsqu’ils ne sont pas le centre de l’attention et ont une tendance à la dépendance affective.
  • Narcissique: Rêve de grandeur, grand besoin d’être admiré et manque d’empathie réelle ou perçue par les autres, les patients ont tendance à se valoriser et à dévaloriser les autres lorsqu’ils s’ils se sentent en difficulté.

Groupe C: personnalités de type anxieux :

  • Évitante: Faible estime de soi, peur d’être critiqué et réticence à s’impliquer dans les relations. Ces patients se sentent inadaptés ou inférieurs aux autres et, par conséquent, ont tendance à fuir les situations sociales et la nouveauté.Ils peuvent ainsi s’auto-saboter en refusant de prendre des risques, de se lancer dans un projet ou de s’engager dans la vie professionnelle ou personnelle.
  • Dépendante: Besoin excessif d’être pris en charge et « validé » par autrui au quotidien, difficulté à prendre des initiatives ou à assumer une responsabilité et manque de confiance en soi.
  • Obsessionnelle-compulsive : Perfectionnisme pathologique, besoin de contrôle et psychorigidité.Dans une quête de perfection irréaliste, ces patients refusent de laisser quoi que ce soit au hasard et se montrent rigides au quotidien, pouvant ainsi négliger ce qui est important pour eux.

Développement et évolution des troubles de la personnalité 

Durant l’enfance et l’adolescence, notre personnalité en pleine construction est par définition « instable ». Les troubles de la personnalité ne peuvent donc être diagnostiqués qu’à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte, bien que certains signes puissent apparaître précocement.

Si leurs causes restent floues, c’est généralement durant les périodes charnières de la vie qu’ils font leur apparition : un déménagement loin de la famille, un premier emploi ou encore une rupture amoureuse peuvent être autant de « déclencheurs » susceptibles de faire apparaître un trouble. C’est le maintien des difficultés (relationnelles, identitaires) dans le temps qui pourra mener au diagnostic.

L’évolution des troubles de la personnalité dépend largement de leur prise en charge et de la gestion des autres pathologies qui y sont souvent associées (les « comorbidités »). Notez que le diagnostic est parfois difficile à poser, car de nombreux symptômes peuvent se recouper d’une pathologie à l’autre.

L’évolution diffère d’un trouble à l’autre : les traits de personnalité paranoïaque, par exemple, ont tendance à rester stables ou à s’accentuer au fil du temps (évoluant parfois vers un délire de persécution chronique), tandis que les traits de personnalité narcissique tendent à s’estomper avec l’âge.

Quoi qu’il en soit, rien n’est absolu et ces troubles sont tous susceptibles de rester stables, de s’aggraver ou au contraire de s’améliorer avec le temps, selon le profil de chaque patient et sa prise en charge. Les patients peuvent apprendre à modifier leur comportement et leurs schémas mentaux pour accéder à une meilleure qualité de vie.

Les comorbidités liées aux troubles de la personnalité

Les comorbidités sont nombreuses et complexes, à la fois entre troubles de la personnalité et avec d’autres pathologies. Environ 50 % des troubles de la personnalité sont associés à des comorbidités, dont les plus fréquentes sont :

  • la dépression
  • les troubles anxieux (phobie sociale, stress post-traumatique, etc.)
  • les troubles liés à l’usage de substances (toxicomanie, alcoolisme, etc.)
  • les troubles du comportement alimentaire
  • les troubles somatoformes (somatisation, inquiétude ou focalisation disproportionnée sur des symptômes)

On sait qu’elles aggravent le pronostic et augmentent le risque suicidaire chez les patients concernés. Il est donc essentiel que chaque pathologie soit correctement diagnostiquée et prise en charge afin de mettre en place un suivi global et « sur mesure » pour optimiser les chances de rémission du patient.

Les facteurs de risque

Bien que les causes de ces troubles restent encore mal définies, la recherche explore différents facteurs de risque génétiques et environnementaux (traumatismes, maltraitance, vulnérabilité psychologique, etc.). 

Chez les patients souffrant d’un trouble de la personnalité limite, par exemple, plusieurs études ont mis en évidence des différences dans certaines zones du cerveau, susceptibles d’expliquer en partie l’instabilité émotionnelle. On sait aussi que les antécédents de violence (notamment sexuelle) ou de négligence dans l’enfance sont fréquemment associés à certains troubles.

Cependant, leur développement relève d’un mécanisme complexe qui ne peut s’expliquer par un facteur isolé : deux personnes avec un patrimoine génétique ou un vécu similaire peuvent évoluer très différemment, et une personne ayant eu une enfance paisible peut cependant développer un trouble de la personnalité.

Bien qu’il s’agisse davantage d’un facteur aggravant, l’usage de substances psychotropes peut contribuer à faire apparaître ou à accentuer certains troubles psychiatriques. 

C’est donc une association complexe de facteurs, ainsi que leur chronologie — une éventuelle prédisposition génétique, un événement traumatisant qui intervient lors d’une période charnière, l’usage d’une drogue qui vient révéler une fragilité — qui semble prédisposer certains d’entre nous au trouble de la personnalité.

Ai-je un trouble de la personnalité ? 

Si vous vous questionnez sur votre personnalité ou celle de l’un de vos proches, sachez qu’il existe de nombreux tests d’auto-évaluation, basés sur différents modèles :

  • Les tests basés sur les critères diagnostiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DMS-5) proposent un questionnaire d’évaluation individuel pour chaque trouble, contenant une dizaine de questions.
  • Le modèle alternatif du DMS-5 ou Inventaire de personnalité pour le DSM-5, propose d’évaluer votre personnalité dans sa globalité, en 25 facettes (regroupées en 5 domaines), pour détecter d’éventuels traits « problématiques ». Beaucoup plus long, il se compose de 220 questions.
  •  Enfin, le modèle HEXACO (évolution du modèle des « Big Five ») propose d’évaluer votre personnalité en 100 questions.

Il existe par ailleurs une myriade de « tests de personnalité » utilisant différents modèles plus ou moins reconnus.

Si ces tests piquent votre curiosité, sachez cependant qu’ils ne permettent en aucun cas de diagnostiquer un trouble de la personnalité : seul un professionnel de santé est apte à vous orienter. Les tests proposés peuvent, tout au plus, fournir des pistes de réflexion.

Qui consulter pour un trouble de la personnalité?

Comme pour beaucoup de pathologies mentales, le parcours menant au diagnostic et à la prise en charge peut être long et les risques de complications sont bien présents en l’absence de traitement adapté, d’où l’importance de consulter au plus vite.

Si vous présentez des symptômes évocateurs ou souhaitez aider un proche en détresse, vous pouvez en première intention vous tourner vers un médecin ou un psychologue, qui pourront vous conseiller, offrir une écoute, un soutien, et vous orienter vers une prise en charge plus complète si nécessaire.

Quelles thérapies pour un trouble de la personnalité?

Les patients souffrant de troubles de la personnalité, n’ayant pas forcément conscience de leur trouble, viennent le plus souvent en thérapie afin de résoudre une problématique découlant de ce trouble et non pour le trouble lui-même. 

Reflétant la complexité de ces troubles, leur prise en charge fait intervenir plusieurs approches thérapeutiques et une équipe médicale pluridisciplinaire. On peut ainsi combiner une psychothérapie et un traitement médicamenteux si nécessaire (antidépresseurs, régulateurs). Cette prise en charge nécessite une bonne coordination entre les différents thérapeutes qui interviennent selon leur champ d’expertise pour optimiser l’évolution du patient. 

Les thérapies misant sur la collaboration et la proactivité du patient et de son entourage, telles que les thérapies cognitives et comportementales (TCC), la thérapie interpersonnelle ou encore les thérapies familiales peuvent être particulièrement utiles ici. 

En ce qui concerne les TCC, un travail d’analyse des situations problématiques couplé à de la psychoéducation sera en général réalisé au préalable pour permettre une meilleure prise de conscience de ses difficultés et de ses traits de personnalité, rigides, pouvant impacter son comportement et son entourage. Ce recul permettant ainsi une meilleure alliance thérapeutique et une ouverture du patient à des outils nouveaux que le thérapeute pourra lui donner au fur et à mesure de la thérapie.

En résumé, l’objectif est d’aider le patient à s’équilibrer en profondeur, tout en lui fournissant des outils concrets pour mieux vivre et s’adapter au quotidien.

Il semble, pour autant, important de préciser que des approches dites transdiagnostiques, qui se concentrent non plus sur le traitement des catégories diagnostiques en tant que tels mais sur le traitement des processus psychologiques qui les sous-tendent, comme l’évitement, l’impulsivité ou encore la rumination, souhaitent changer la perception que l’on a des troubles et semblent montrer des résultats de plus en plus convaincants. 

Vivre avec un trouble de la personnalité

Environ 10 % de la population globale et jusqu’à 50 % des patients hospitalisés en psychiatrie sont concernés par un ou plusieurs troubles de la personnalité. Ce n’est donc pas un diagnostic rare, mais il reste méconnu du public et les patients doivent souvent composer avec un certain nombre de tabous et préjugés véhiculés autour de ces pathologies.

Pour leur permettre d’accéder à une meilleure qualité de vie, il est essentiel de sensibiliser le public (notamment en prenant le temps de s’informer et d’informer ses proches), afin de créer un climat sain où chacun se sent libre de demander de l’aide et d’exprimer ses difficultés, que ce soit en tant que patient ou en tant qu’aidant.

Comme nous l’avons vu, les troubles de la personnalité peuvent évoluer favorablement voire même disparaître lorsqu’ils sont correctement pris en charge : souffrir n’est pas une fatalité. Un diagnostic adapté permettra au patient de bénéficier de tous les outils dont il a besoin pour mieux vivre et évoluer favorablement.

Suivre le traitement prescrit et les recommandations des professionnels de santé, apprendre à éviter les situations à risque ou encore veiller à une bonne hygiène de vie font partie des clés pour sortir de la détresse. Il est également essentiel de bien s’entourer et d’être soutenu au quotidien, y compris en période de rechute ou de crise.