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Qu’est-ce que l’EMDR ?

Principes et modes d’action

Comment se déroule la thérapie EMDR ?

Pour quelles pathologies peut-on utiliser l’EMDR ?

Qui peut pratiquer l’EMDR ?

Pour en savoir plus

Qu’est-ce que l’EMDR ?

Guérir les blessures du passé en bougeant les yeux… drôle d’idée ? C’est pourtant ce que propose l’EMDR, une thérapie à l’intitulé quelque peu mystérieux au premier abord, mais dont les bénéfices sont aujourd’hui largement reconnus.

Acronyme de Eye Mouvement Desensitization and Reprocessing (littéralement « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires »), l’EMDR est une approche psychothérapeutique développée à la fin des années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro1

Testée et reconnue comme efficace par les vétérans du Vietnam, elle acquiert peu à peu sa renommée dans le traitement du trouble de stress post-traumatique2 (TSPT), qui demeure aujourd’hui son principal champ d’application. Elle a fait l’objet de nombreuses études, portant le plus souvent sur des populations d’anciens combattants ou de femmes victimes de viol.

Cette thérapie trouve son origine dans le vécu personnel et intuitif de sa fondatrice : lors d’une simple ballade au parc, elle s’aperçoit que le stress lié à certaines pensées désagréables qui accaparent son esprit diminue lorsqu’elle effectue des mouvements rapides des yeux, balayant le paysage de gauche à droite.

Interpellée par cette découverte, elle reproduit l’expérience sur elle-même puis avec ses patients et obtient les mêmes résultats. Dès lors, elle n’aura de cesse de perfectionner et de faire connaître cette approche thérapeutique. D’abord critiquée faute de preuves scientifiques suffisantes concernant son mode d’action et ses effets, elle est désormais recommandée par la Haute Autorité de Santé et l’OMS.

Principes et modes d’action

Nous sommes tous susceptibles d’être « marqués » par un événement traumatisant que nous n’avons, pour une raison ou une autre, pas été en mesure d’archiver dans notre mémoire autobiographique et donc le souvenir revient nous hanter régulièrement, ce qui nuit à notre qualité de vie.

Nommé trouble de stress post-traumatique (TSPT), ce phénomène touche environ 9 % des personnes à un moment de leur vie, y compris au cours de l’enfance. Il fait suite à un choc émotionnel qui peut être provoqué aussi bien par un événement vécu directement (blessure grave, accident de voiture, agression…) que par un événement auquel on a été témoin physiquement.

Le mécanisme qui nous empêche parfois de « digérer » un traumatisme est méconnu, et des événements de même ampleur peuvent avoir un impact très différent d’une personne à l’autre. Le TSPT est une complication de l’état de choc initial, qui se définit par la récurrence, sur plusieurs mois, de symptômes anxieux que les ressources personnelles du patient ne suffisent pas à juguler.

Le patient peut alors être accablé par des flashbacks de l’événement traumatisant, développer des blocages, des comportements d’évitement ou de vives réactions impulsives face aux situations ou sensations susceptibles de faire ressurgir le souvenir traumatique, à moins que des cauchemars récurrents perturbent ses nuits.

En somme, le TSPT survient lorsque notre psyché ne parvient pas à traiter le traumatisme de façon efficace, en traversant les phases normales qui mènent à la guérison, à savoir l’analyse, l’acceptation et l’archivage de l’événement (ce que l’on appelle « tourner la page » dans le langage courant). Comme bloqué en phase de choc, le patient est maintenu dans un état de réaction récurrente et incontrôlée à son traumatisme.

Mais alors, quand l’inconscient bloque un souvenir au stade traumatique et nous empêche d’avancer, comment sortir du cercle vicieux ? Comment aider un patient à pouvoir enfin évoquer et accepter l’événement vécu sans retomber dans ses réflexes souvent inconscients de blocage et d’évitement ?

À travers la stimulation oculaire bilatérale (mouvements rapides des yeux de gauche à droite), l’EMDR propose de sécuriser le patient en lui permettant d’évoquer son traumatisme et en l’accompagnant pour ne pas se laisser envahir par ses émotions

Ainsi, le mouvement oculaire bilatéral pourrait se définir comme une ruse cognitive, une façon d’annuler l’emprise du trauma en brouillant les pistes le temps de la séance thérapeutique et même, de façon symbolique, comme un moyen d’évoquer le traumatisme sans vraiment s’y « attacher », puisque les yeux sont occupés à suivre le doigt du thérapeute.

Si la stimulation bilatérale alternée (SBA) utilisée en EMDR se base le plus souvent sur le mouvement des yeux qui suivent les doigts du thérapeute, elle peut également être auditive ou tactile (stimuli moins souvent utilisés, mais utiles notamment pour les patients malvoyants). 

D’un point de vue neurologique, elle permettrait un retraitement des informations qui n’ont pas été correctement intégrées lors du traumatisme par le cortex ou « cerveau rationnel ».

Associées à des croyances et émotions négatives, ces informations accaparent donc le cerveau limbique ou « cerveau émotionnel » et sont à l’origine d’une souffrance psychique. La stimulation bilatérale alternée serait donc une façon de redistribuer les cartes entre cerveau émotionnel et cerveau rationnel, par stimulation alternée des hémisphères cérébraux.

Cette action neurologique fait partie des principales pistes étudiées pour expliquer le mode d’action de l’EMDR. Cependant, d’autres hypothèses existent concernant ses mécanismes d’action, dont l’Institut français d’EMDR donne un aperçu plus détaillé sur son site3.

Comment se déroule la thérapie EMDR ?

Comme toute approche psychothérapeutique, l’EMDR implique un protocole, une progression et un rythme adaptés à chaque patient selon son profil, ses difficultés et ses besoins propres. Le protocole EMDR standard se compose de huit « phases » qui sont adaptées à chaque séance au fil de la thérapie. Elles sont présentées de façon plus détaillée dans cet article Wikipédia4.

Notons que la thérapie EMDR ne se résume pas à la stimulation bilatérale alternée : elle implique une préparation (entretien préparatoire, relaxation), un travail psychothérapeutique de fond au fil des entretiens (axé sur le retraitement des informations) et un accompagnement pédagogique permettant au patient de s’approprier les outils les plus pertinents pour guérir (à travers des techniques et exercices à reproduire en autonomie).

Guidé par son thérapeute, le patient est amené à accéder à ses souvenirs — sensations, images, sons, etc. — et à les évoquer entre les séries de stimulation bilatérale alternée. La thérapie vise à permettre au patient de :

  • mettre son souvenir traumatique à distance > les phases de stimulation entrecoupées d’entretiens se poursuivent jusqu’à ce que le souvenir ne provoque plus de vive réaction. Cet aspect est commun à d’autres thérapies dites de « désensibilisation ».
  • identifier et neutraliser les sensations et croyances négatives qui y sont associées > l’entretien thérapeutique permet de déconstruire certaines croyances et associations qui font obstacle à la guérison.
  • les remplacer par des associations positives.

Ces deux derniers aspects sont communs à l’EMDR et aux thérapies cognitives.

Le déroulement d’une séance « type » peut varier d’un patient à l’autre, notamment en termes de durée et de fréquence des phases de stimulation et d’entretien, dans le respect des besoins et des limites du patient au moment de la séance. Les principales étapes sont :

  • l’entretien préparatoire ou l’entretien de réévaluation > lors d’un premier rendez-vous, le thérapeute va apprendre à connaître son patient et sa problématique, identifier les objectifs de la thérapie et évaluer l’état initial du patient. Cette première évaluation permettra de mesurer sa progression lors des entretiens de réévaluation qui introduiront les prochaines séances.
  • la phase de préparation/relaxation > le thérapeute sécurise le patient en lui expliquant le déroulement de la séance et en s’assurant qu’il dispose des ressources nécessaires pour entrer dans la phase de travail. Des exercices de relaxation peuvent être proposés pour mettre le patient en condition.
  • le travail de stimulation et de retraitement des informations > le thérapeute demande à son patient de garder à l’esprit l’image, l’idée ou le ressenti lié au traumatisme ciblé, tout en suivant le mouvement de ses doigts ou d’un point lumineux (à moins que les stimuli auditifs ou sensoriels soient privilégiés). Les phases de stimulation et d’entretien seront ensuite alternées en fonction des objectifs au moment de la séance.
  • la stabilisation du patient et la clôture de la séance > le thérapeute s’assure que son patient est stable émotionnellement au moment de terminer la séance. Il le prépare aussi à réagir de façon efficace en cas d’épisode anxieux entre les séances, en suggérant par exemple des exercices de relaxation, de respiration ou de stimulation autonomes.

Le nombre de séances nécessaires varie en fonction de l’ampleur du traumatisme, du nombre de souvenirs à traiter et du rythme de progression de chaque patient.

Pour quelles pathologies peut-on utiliser l’EMDR ?

EMDR et traumatisme

Comme nous l’avons vu, le principal champ d’application de l’EMDR reste le traitement du TSPT. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu sa reconnaissance par la Haute Autorité de Santé en 2007. Cependant, tous les traumatismes ne se valent pas et les problématiques associées sont souvent complexes, reflétant le vécu, l’âge et la vulnérabilité de chaque patient.

Une thérapie EMDR doit tenir compte de tous aspects et il peut parfois être nécessaire de l’associer à d’autres mesures thérapeutiques, notamment lorsque plusieurs troubles psychiques ou physiques coexistent. 

Un traumatisme peut en effet être à l’origine de nombreuses pathologies, notamment des troubles de l’humeur, de la personnalité ou de l’alimentation, ou encore des symptômes physiques ou des comportements autodestructeurs liés au stress. Les principaux facteurs à prendre en compte dans le traitement des traumatismes par l’EMDR sont les suivants :

  • âge du patient : les symptômes du traumatisme et du TSPT s’expriment différemment chez les enfants, adolescents et adultes. Les facultés de conceptualisation et de verbalisation évoluent en fonction de l’âge et des facteurs propres à chaque patient (génétique, environnement, culture). Le protocole EMDR s’adapte donc à ces spécificités et peut, par exemple, s’attacher à déceler les blessures préverbales (traumatismes vécus avant que l’enfant ne soit capable de verbaliser).
  • ampleur et portée du traumatisme : les traumatises à l’origine d’un TSPT ou de troubles anxieux peuvent être individuels (agression, accident de voiture) ou collectifs (guerre, catastrophe naturelle) et ces facteurs auront une influence dans la vie de la personne.
  • ancienneté du traumatisme : les traumas récents et encore « frais » dans la mémoire du patient ne se traitent pas de la même manière que les traumas anciens et éventuellement enfouis, refoulés ou même jamais verbalisés (cas de maltraitance dans l’enfance par exemple), qu’il faudra d’abord faire remonter à la surface pour pouvoir déterminer l’origine du mal-être.
  • complexité du traumatisme : on sait que les traumatismes isolés/ponctuels (dits « traumatismes simples ») sont souvent à l’origine d’un TSPT typique, tandis que les traumatismes répétés (historique de maltraitance dans l’enfance, de violence conjugale ou familiale, etc.) sont à l’origine de troubles plus complexes, avec bien souvent des répercussions sur la personnalité, les relations sociales qui dépassent le cadre du TSPT.

Autres champs d’application

Bien que l’EMDR ait surtout fait ses preuves dans le traitement des blessures traumatiques et du TSPT, ses bénéfices sont de plus en plus étudiés et reconnus pour d’autres troubles psychologiques ou anxieux.

La Haute Autorité de Santé reconnaît lui reconnaît en effet une efficacité dans le traitement de certains troubles concomitants aux traumatismes, tels que la dépression, les idées suicidaires ou la dépendance à des substances. Elle est aussi de plus en plus utilisée pour traiter des troubles du comportement alimentaires ou les phobies.

En bref, pour tout trouble ou symptôme susceptible de découler d’un traumatisme ou d’un « blocage psychologique », il peut s’avérer intéressant de consulter un spécialiste de l’EMDR, une thérapie prometteuse qui devrait continuer de révéler son potentiel au fil des années.

Cette thérapie s’adresse aux personnes de tout âge, qui souffrent de troubles pour lesquels l’EMDR a fait ses preuves. D’ailleurs, même en l’absence de trouble sévère, il semblerait que certaines techniques issues de cette approche puissent nous aider à nous sentir mieux au quotidien et à nous libérer des blessures du passé. 

Modifier ses croyances et pensées toxiques par soi-même en utilisant les techniques de stimulation ou de retraitement issues de l’EMDR, c’est donc possible, mais ça se travaille : il est essentiel d’acquérir une bonne compréhension de la pratique et il ne faut pas hésiter à se tourner vers un praticien accrédité qui pourra, le cas échéant, aider son patient à s’approprier certains outils.

Qui peut pratiquer l’EMDR ?

Côté thérapeutes, les praticiens EMDR sont des psychiatres, psychologues (titulaires d’un Master 2) et psychothérapeutes (reconnus par une Agence Régionale de Santé) qui ont suivi une formation conforme à la charte « EMDR Europe » et reçu une accréditation officielle de cet organisme ou de sa branche française. N’importe quel thérapeute ne peut donc pas pratiquer l’EMDR ou utiliser ce titre. 

Formation à l’EMDR

Si vous êtes thérapeute et souhaitez vous former, n’hésitez pas à consulter l’onglet « Vous êtes thérapeute ? » du site de l’association EMDR France, qui regroupe toutes les informations utiles. Sachez que seuls 4 organismes sont aujourd’hui habilités à dispenser la formation initiale permettant d’obtenir le titre de « praticien EMDR Europe » en France :

  • l’École d’EMDR, de Psychothérapie Humaniste, Européenne (EDEPHE)6
  • l’Ecole Française de Psychothérapie EMDR (EFPE)7
  • l’Institut français d’EMDR (Groupe Essentia)8
  • l’Université de Lorraine par le biais de son DU d’EMDR9

Au-delà de la formation initiale, de nombreuses formations complémentaires axées sur divers champs d’application et populations (enfants, thérapie familiale, etc.) se tiennent chaque année.

Pour en savoir plus : 

L’association EMDR France5 est une branche de l’association EMDR Europe qui a pour principales missions de :

  • garantir la qualité de la formation des praticiens EMDR en activité dans le pays
  • délivrer les accréditations européennes officielles « Praticien EMDR Europe » et « Superviseur EMDR Europe » (les seules autorisant l’utilisation du titre et du logo EMDR)
  • informer le public et répertorier les praticiens accrédités pour faciliter l’accès aux soins (annuaire des thérapeutes)
  • relayer les dernières études et informations disponibles sur l’EMDR (revues de presse)

En parallèle, elle mène des actions ciblées visant à venir en aide à des populations en situation d’urgence, notamment à travers ses initiatives actuelles de soutien aux soignants pendant l’épidémie de COVID-19. Elle a également été à l’initiative du groupe « EMDR pour tous » en 2007, visant à venir en aide aux personnes ne pouvant accéder aux soins de manière classique en raison de difficultés financières.

Représentante officielle de la thérapie EMDR en France, elle constitue donc une précieuse mine d’informations et un interlocuteur de choix pour les patients comme pour les praticiens.

Ouvrage : « Dépasser le passé – Se libérer des souvenirs traumatisants avec l’EMDR  » de Francine Shapiro