Addiction

Qu’est ce qu’une addiction ?

Le terme addiction désigne une pathologie mentale et cérébrale qui se manifeste soit par la consommation abusive de substances psychoactives ou par la répétition excessive de certaines pratiques comme les jeux d’argent,  les achats, le sport, le sexe, ou le travail. Ces deux types d’addictions impactent  le cerveau en modifiant les états de conscience et peuvent entraîner une perte de contrôle, une modification de l’équilibre émotionnel, des troubles d’ordre médical, ainsi que conduire à des perturbations de la vie personnelle, professionnelle et sociale. Chaque année  en France, selon les chiffres de l’association Action Addictions, 20 % de la mortalité serait liée aux addictions, 800 000 hospitalisations seraient associées à la consommation d’alcool et 70 000 décès résulteraient de la consommation du tabac. De plus, selon ce même rapport annuel, 50 % des faits de délinquances seraient également liés aux addictions¹. Les addictions comportementales sont peu répertoriées, toutefois, selon les chiffres de l’Inserm, une personne sur dix participant à des jeux de hasard ou d’argent en ligne le ferait de façon plus ou moins excessive. 

Quelle différence entre addiction et dépendance ?

L’abus de substances psychoactives tout comme les comportements excessifs sont nuisibles, quel que soit l’étiquette qu’on leur attribue. Cependant beaucoup de personnes utilisent les termes dépendance et addiction indifféremment dans ces situations. Pourtant, l’addiction et la dépendance sont deux notions distinctes. Qu’est-ce qui les différencie ?

  • Définition de la dépendance

Le terme « dépendance » est employé pour décrire une dépendance physique ou physiologique, qui est notamment évidente à travers les symptômes de tolérance et de manque.

Dans le cas de la dépendance, le cerveau s’adapte à la présence de la drogue dans l’ organisme et en devient peu à peu dépendant. Lorsque l’on consomme régulièrement une drogue, le cerveau produit de grandes quantités de dopamine, qui déclenche le système de récompense du cerveau. Mais après un certain temps, le cerveau devient incapable de produire par lui-même les quantités habituelles de dopamine. L’effet de tolérance à la drogue incite alors le sujet à consommer de plus grande quantité pour obtenir la même sensation qu’auparavant.  Lorsqu’une personne dépendante cesse de prendre de la drogue, l’équilibre chimique est rompu et la personne éprouve des symptômes de sevrage. Bien qu’il soit possible d’avoir une dépendance physique sans souffrir d’addiction, la dépendance en est généralement un signe avant-coureur.

  • Définition de l’addiction 

L’addiction englobe à la fois une dépendance mentale et physique à une drogue. Elle est marquée par un changement de comportement causé par les modifications biochimiques du cerveau après un usage continu de la drogue. La consommation de la drogue devient la principale priorité de la personne dépendante, en dépit du mal qu’elle peut se faire à elle-même ou aux autres. Dans le cas de l’addiction, la consommation irrépressible de la drogue entraîne une grande détresse chez l’individu qui n’arrive pas à contrôler le désir persistant d’en consommer des quantités de plus en plus importantes. Cela entraîne une réduction considérable de ses activités sociales et professionnelles. On observe aussi la présence d’éléments déclencheurs qui provoquent des changements biochimiques dans le cerveau d’une personne et qui influencent fortement son comportement. Les éléments déclencheurs peuvent être des événements, des personnes,  des lieux ou tout ce qu’une personne associe à la consommation d’une substance. Lorsque les symptômes de dépendance mentale et physique sont apparents, on peut alors parler d’addiction. 

Peut-on être dépendant sans souffrir d’addiction ?

Absolument. La dépendance physiologique est courante et peut se produire avec de nombreux types de substances différentes, y compris celles considérées comme des stimulants. Par exemple,  il est possible de développer une dépendance à la caféine sans pour autant souffrir d’addiction. 

Les addictions aux substances psychoactives.

On entend par substances psychoactives, l’ensemble des produits qui modifient le comportement du cerveau en agissant sur l’ humeur, les perceptions et l’activité mentale de ceux qui les consomment, que leur usage soit interdit ou non. Parmi ces substances on retrouve entre autres la caféine, l’alcool, le tabac, le cannabis, les médicaments psychotropes et opiacés mais aussi la cocaïne, l’ecstasy, l’héroïne, les amphétamines, les hallucinogènes, les sédatifs, les  hypnotiques et anxiolytiques, les solvants volatiles et les drogues de synthèse. L’usage de ces substances provoque au départ des sensations de plaisir qui incitent à renouveler l’expérience mais qui peuvent ensuite conduire certains à la perte de contrôle et à une consommation excessive. L’abus de ces substances peut entraîner de graves problèmes de santé et d’autres difficultés d’ordre social,  familial, professionnel ou même légal. Selon l’Office français des dépendances et toxicomanies (OFDT), 8% des Français d’âge adulte présenteraient un risque chronique d’addiction à l’alcool et 27% souffriraient d’une addiction au tabac, tandis que 7% des adolescents de 17 ans et 3% des 18-64 ans présenteraient des signes d’addiction  au cannabis.  Par ailleurs, pour ce qui est de l’usage problématique de drogues illicites, 0.5 % de la population française serait concernée. 

Les addictions comportementales 

Les addictions comportementales aussi appelées troubles du contrôle des impulsions ou troubles addictifs comportementaux, décrivent des comportements auxquels une personne est incapable de résister même quand ils lui causent du tort. La personne qui souffre d’une addiction comportementale cherche de plus en plus à se livrer au comportement qui lui procure du plaisir malgré les conséquences néfastes qu’il peut entraîner et ressent un manque accompagné d’ émotions négatives, voire  de troubles du sommeil lorsqu’elle est dans l’incapacité de pratiquer cette activité. Les troubles du contrôle des impulsions sont  classifiés comme partie intégrante du spectre du trouble obsessionnel compulsif (TOC).

Les addictions comportementales ont des effets similaires aux addictions avec substances car les activités sociales,  familiales et professionnelles sont souvent fortement impactées au profit du comportement addictif. Ces dépendances comportementales ont également des conséquences physiques. Par exemple, les personnes souffrant d’une addiction au sexe encourent le risque d’attraper de multiples maladies vénériennes, tandis que les addictions à Internet exposent au développement de canaux carpiens, aux maux de tête et aux douleurs dorsales. 

Les addictions aux jeux de hasard et d’argent ainsi que celles aux jeux vidéo sont officiellement reconnues comme des pathologies tandis que d’autres troubles comme l’addiction au shopping ou aux chirurgies plastiques par exemple, n’ont pas encore été assez étudiés.

Les causes possibles et les facteurs de risque

Les pratiques addictives résultent de d’un ensemble de facteurs génétiques, neurobiologiques , physiques  environnementaux ou psychologiques.

  • Facteurs génétiques 

Les addictions peuvent avoir une forte composante héréditaire. Par exemple,  les enfants de parents biologiques alcooliques, présentent un risque quatre fois plus élevé de devenir alcooliques que le reste de la population générale. La génétique est d’ailleurs un facteur de risque majeur des addictions. Les recherches ont également prouvé que la moitié des risques d’addiction à l’alcool, à la nicotine ou à d’autres drogues sont d’origine génétique. Cela signifie que lorsqu’on a des membres de famille souffrant d’une addiction, on est non seulement plus susceptible de développer le même type d’addiction mais on peut aussi être confronté à un large éventail d’autres addictions. 

  • Facteurs environnementaux 

Le rôle prépondérant de l’éducation familiale dans le développement ou la prévention des addictions a été souligné dans une enquête conduite par l’OFDT (Observatoire français des drogues et toxicomanies) en 2008. Dans le cas de l’alcool, du tabac et du cannabis,  l’étude révélait que le cercle familial et/ou le cercle d’amis étaient souvent à l’origine de l’introduction de la pratique au nouvel initié. Le motif de la convivialité était d’ailleurs souvent mis en évidence dans l’usage de l’alcool, du tabac et du cannabis chez les adolescents âgés de 17 ans. D’autres facteurs environnementaux comme un contexte familial violent où des abus physiques et/ou sexuels ont eu lieu, ou encore un contexte social défavorisé, peuvent aussi jouer un rôle important dans le développement des addictions. Enfin certains événements traumatisants de vie peuvent contribuer à plonger un individu dans le cycle de l’addiction: un deuil, un divorce, une maladie grave…

  • Facteurs neurologiques et psychologiques 

La présence de pathologies mentales peut accroître le risque de développer un trouble de l’addiction. Mais c’est un cercle vicieux car les addictions à leur tour aggravent les troubles  psychiques.  

On compte un grand nombre de personnes souffrant de troubles dépressifs et/ou du comportement, ainsi que d’autres maladies psychiatriques parmi les personnes souffrant d’addiction.

De plus, les recherches indiquent qu’un dysfonctionnement du striatum (partie intérieure du cerveau qui régule la motivation et les impulsions) pourrait  être en lien avec les addictions de type comportemental. Selon ces études, l’impulsivité que l’on observe dans les derniers stades de ces troubles addictifs comportementaux serait causée par un dysfonctionnement progressif du  striatum ventral. Les recherches soulignent aussi le risque élevé de suicides parmi les personnes souffrant d’addictions. En effet,  plus de 90 % des personnes qui se suicident souffrent de dépression, d’addiction, ou des deux. D’autre part, de nombreuses personnes souffrant de dépressions graves ou d’autres troubles psychiatriques se tournent fréquemment vers les drogues, l’alcool, ou les jeux pour atténuer leurs sentiments négatifs.

  • Facteurs physiques 

Certaines conditions médicales qui nécessitent la prescription de médicaments à base d’opiacés ou de psychotropes, exposent les patients au risque de développer une addiction. De même,  une blessure ou une maladie chronique peuvent également inciter à utiliser des drogues ou de l’alcool dans l’espoir de soulager sa douleur. 

  • Facteurs de risque liés au substances utilisées 

Certaines substances psychoactives sont plus addictives que d’autres. C’est notamment le cas pour le tabac, l’héroïne et la cocaïne qui figurent à la tête des substances psychoactives les plus addictogènes. Les drogues telles que la cocaïne, l’héroïne et les méthamphétamines ont tendance à entraîner une dépendance physique plus forte que l’alcool ou le cannabis. Par ailleurs, les drogues que l’on fume ou que l’on injecte dans le corps créent également une plus grande dépendance que celles que l’on avale. En effet, celles-ci passent directement dans le sang et atteignent le cerveau sans être filtrées par le foie ou d’autres organes.

Quand consulter contre une addiction ?

Si vous remarquez qu’un comportement ou la consommation d’une substance entraîne des difficultés relationnelles,  sociales ou professionnelles, ou si vous présentez l’un des signes suivants : 

  • Vous avez des symptômes de manque ou vous vous sentez mal quand vous  arrêtez l’activité ou la consommation. 
  • Votre consommation ou l’activité augmente de plus en plus. 
  • Vous consommez ou vous livrez à l’activité plus que vous ne le souhaitez.
  • Vous donnez la priorité au produit que vous consommez ou à l’activité que vous pratiquez. 
  • Vous continuez à consommer même si vous savez que c’est mauvais pour vous ou vos proches. 
  • Vous essayez de réduire votre consommation mais vous n’y parvenez pas.

Demandez de l’aide rapidement. Et n’attendez pas de toucher le fond avant de consulter un psychologue. Plus vous vous y prendrez tôt, plus vous augmenterez vos chances  de vous rétablir rapidement. 

Des tests d’auto-évaluation sont également disponibles pour déterminer si vous souffrez d’une addiction.

  • Le Test de Fagerström (tabac)
  • Le Questionnaire AUDIT (Alcool)
  • Le Questionnaire CAST ( Cannabis)
  • L’ échelle DAST (drogues)
  • L’échelle ECAB (médicaments psychotropes)
  • Le Questionnaire LIE-BET (jeux d’argent et de hasard)
  • Le Test IAT (internet)

Qui consulter contre l’addiction ?

Les professionnels de la santé mentale, en particulier les psychiatres addictologues, les psychothérapeutes et les psychologues sont les plus qualifiés dans le traitement des addictions. 

Ils sont également en mesure de traiter d’autres troubles psychiques qui coexistent souvent avec les addictions tels les psychoses, les troubles anxieux ou les formes graves de dépression qui accablent les patients qui souffrent d’addiction à l’alcool et aux drogues. Par ailleurs, les spécialistes de la santé mentale sont aussi les mieux placés pour traiter les troubles addictifs comportementaux qui font partie de la catégorie des TOCs.

Quels traitements contre les addictions ? 

Les thérapies utilisées dans le traitement des addictions sont nombreuses. Elles se basent sur le type d’addiction et le degré de dépendance de l’individu. Les options thérapeutiques comprennent l’approche médicamenteuse prodiguée par les psychiatres addictologues pour traiter les addictions aux drogues dures et aux médicaments,  mais aussi une série de psychothérapies qui sont généralement organisées par des psychothérapeutes et des psychologues :

  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC):

La TCC aide les patients à surmonter les addictions à l’alcool, au tabac et aux troubles addictifs comportementaux. Cette thérapie aide à écarter les croyances inadaptées qui conduisent aux addictions en identifiant leur origine et en analysant les comportements qui les maintiennent en place ou les renforcent . Elle fournit ensuite  des outils pour gérer les envies impulsives, modifier les habitudes destructrices et adopter des comportements plus sains. 

  • La Pleine Conscience (Mindfulness)

Les recherches ont démontré que  la pleine conscience peut améliorer la santé mentale et démanteler le processus automatique d’apprentissage qui est à l’origine des addictions. Cette méthode contribue à apaiser l’anxiété, et à gérer des émotions négatives ainsi que les formes d’envies pénibles. L’intégration d’exercices de pleine conscience est particulièrement utile pour ceux qui souffrent de d’addictions à l’alcool, aux drogues et à la pornographie.

  • La thérapie d’Acceptation et d’Engagement (ACT)

L’utilisation de la thérapie ACT, est utile dans le traitement des addictions à l’alcool,  au tabac,  au cannabis et dans le traitement des troubles addictifs comportementaux. Cette thérapie qui fait partie des TCC, aide la personne souffrant d’une addiction à faire face aux pensées et aux sentiments négatifs en les acceptant au lieu de chercher à les fuir, un facteur souvent déterminant dans le développement des addictions. La thérapie de l’ACT fournit également les outils nécessaires pour éviter les rechutes et rester sur la voie du rétablissement après la fin du  traitement.

  • L’ EMDR

L’utilisation de l’intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR) dans le traitement des addictions est efficace par rapport au fait qu’une grande partie des addictions sont liées à un traumatisme passé. En traitant le traumatisme à l’origine de l’addiction, la personne qui en souffre aura moins de raisons de se tourner vers une substance psychoactive ou une activité compulsive. L’EMDR  peut aussi grandement réduire les risques de rechute.

  • Le Yoga

Le yoga et la méditation sont utiles aux personnes qui luttent contre une addiction, car ils aident à ressentir des endorphines, ou « hormones du bien-être », qui créent un état d’euphorie naturel dans tout le cerveau. Il a été scientifiquement prouvé que la pratique du yoga permet de réduire l’anxiété et le stress. Une étude a conclu que les personnes souffrant d’addiction à l’alcool ressentaient moins de symptômes de dépression après avoir pratiqué le yoga. Certains participants de cette même étude ont pu observer une amélioration de leur humeur et de leur qualité de vie. 

Dernière mise-à-jour : 2021.08.16

Auteur : Priscilla Othily